Perdu dans un autre temps

Publié le par Denis

Le 15 de chaque mois, à midi pile, des Rédac’Blogueurs écrivent de concert sur le même sujet.
Ce mois ci le thème est "Perdu(e) dans un autre temps".
Ce mois-ci, Leviacarmina, Agnès, Hibiscus et Denis ont planché sur le sujet.
Allez également visiter leur blog et n’hésitez pas à laisser des commentaires.
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J'aime ces journées où le soleil l'emporte sur les tracas quotidiens. Il peut ne pas faire chaud, ce n'est pas important. Pour cette promenade, j'ai emporté un petit pull que j'ai négligemment posé sur mes épaules. Les rayons crus du soleil se frayent un chemin au travers les branches des arbres. C'est la première fois que je prends ce petit chemin forestier. J'ai le coeur léger.
Mes yeux vagabondent autour de moi, ils furètent et me rapportent de belles images. Je rêvasse, un pied sur le petit chemin et un pied dans mes pensées. Je marche gaiement et ne me rends pas compte du temps qui passe. Je parcoure la terre battue, je me rapproche d'une ruine. J'aime les ruines. Je les trouves romantiques.

wake me when wverything sleeps by chimy rainbowLa nature a pris le dessus, mais la ruine est encore fière de son passé. La toiture a souffert, mais elle reste quasiment intacte, le crépi extérieur non entretenu a craquelé découvrant par endroit la pierre nue. Je la regarde d'abord de l'extérieur.
Je me rapproche encore, je suis sur le seuil. Le plancher a l'air solide, je le teste avant de m'engager. Je rentre. Quelques pièces de mobilier errent, perdues dans des pièces encombrées de mousses. Le luxe s'éteint peu à peu dans cette maison abandonnée.

 

Je sens une présence.
Denis, vas-t'en. Retourne toi, reprends le chemin dans l'autre sens.
Ne vous approchez pas.
Denis, sort d'ici au plus vite. Ne tombe pas dans la cave, tu l'as aperçue par un trou dans le plancher de l'entrée.
Ne me touchez pas.
Soudain, le crissement des robes de soies, l'odeur des écharpes brodées .
Je ne peux pas courir au risque de faire céder le sol sous mon poids. Mon pas est sûr, je connais le chemin, mais je ne le presse pas. Une étrange torpeur m'envahi.
Les murs retrouvent leurs couleurs d'antan, les meubles leur lustre passé.

Mais Denis que fais tu, ne t'endors pas... pas ici... pas maintenant.
Elle s'approche de moi en me souriant.
Non, non, non !

 

"Ti ho trovato. I nostri ospiti chiedono se andate meglio ?"
Ah mais je ne parle pas italien moi ! Mais ... comment se fait il que je sache que c'est de l'italien et que je le comprenne ?
Je me vois lui répondre tout naturellement. Je la rassure. Sa voix est à la fois forte et douce.
Par la porte ouverte, je vois la forêt. Je pourrais la rejoindre, je n'ai que deux pas à faire.
"Très bien, dans ce cas retournons dans le grand salon."
Dehors les arbres font progressivement place à une élégante pelouse sertie de petites haies de buis. Mon choix est fait : je reste.

 

...

 

Contre mon coeur il y a cette lettre que je vais remettre à mon notaire. Ah mon Coeur, je vais mourir de façon étrange, je n'ai pas trouvé comment encore mais j'y pense de plus en plus comme une nécessité. J'ai prévu pour toi un confort matériel : cette petite maison de ville dans ce quartier de Rome où notre enfant s'épanouira, ce compte en banque augmenté par le fruit de la vente du domaine français.
Contre mon grè je vais mourrir mon Coeur, je le dois. Chiara a déjà onze ans et Agostino aura bientôt six ans, je les vois grandir. Tu es toujours aussi belle et désirable, je te vois vieillir. Moi, je suis resté le même. Pas une seule ride supplémentaire n'a marqué mon visage depuis quinze ans, pas un seul cheveux blanc n'orne mes tempes. Je ne vieillis pas.

 

Je suis mort maintenant, mon Amour. Je te vois pleurer devant un corps qui n'est pas le mien. Ce tragique incendie ne te permet pas de voir que ce n'est pas moi dans ce caisson capitonné.
Comment puis-je avoir autant de détachement dans cette sordide histoire ?
J'ai décidé de migrer tous les dix ans pour ne pas éveiller les soupçons sur mon incroyable longévité. Je ne m'attacherais plus à aucune femme.
Je ne suis pas Dorian Gray, je n'ai pas de miroir à casser.
J'ai juste un Siècle à attendre, à m'attendre et à me reconnaître sur ce petit chemin pour retrouver ma vie.

 

 

Crédit photo : http://chimy-rainbow.deviantart.com/gallery/

Commenter cet article

Agnes 29/01/2013 07:01

Whaou, beau voyage mais tellement triste !

Denis 13/03/2013 21:05



Je dois avouer que je n'avais pas l'esprit gai ce jour là...
Mais le résultat m'a bien plu.



hibiscus 20/01/2013 01:00

Intéressant, ce voyage dans le temps !

Denis 20/01/2013 13:22



Cruel, mais interessant.
J'ai choisi une période que j'aime bien.


J'ai fait un tour des participants : l'imagination est un pouvoir !